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@Thomas Gaschignard / L'École de la philanthropie
Les bénévoles de L’École de la philanthropie toujours plus nombreux !
16 novembre 2022

Kak

Dessinateur et président de Cartooning for Peace

La seconde édition de lOpération philanthropie qui sest tenue au printemps 2022 soulignait limportance des liens entre art, éducation et philanthropie. Kak, dessinateur de presse et président de Cartooning for Peace, en était le président du jury avec Françoise Nyssen. Pour Kak, art et philanthropie portent la mission de créer du collectif et de contribuer au vivre-ensemble.

1. Y a-t-il des points communs entre expression artistique et engagement philanthropique ?

Être artiste, c’est parler aux autres du monde, de ce qu’on ressent. Cela n’amène pas nécessairement à la philanthropie mais sans doute à partager collectivement une vision de l’organisation du monde. L’art me semble être une des manières les plus efficaces pour une collectivité de réfléchir à son fonctionnement.

Un autre point commun entre l’art et la philanthropie est que l’on constate un besoin croissant de ces deux dimensions pour créer les liens qui forment le collectif, dont on constate le délitement, sous de nombreuses formes. Tout ce qui peut ramener un peu de ciment est un point commun entre l’art et la philanthropie.

En revanche, il y a une différence entre l’artiste et le philanthrope. Le philanthrope donne un objectif à l’origine de son action alors qu’un artiste ne se donne pas nécessairement de mission au moment de la création.

2. Jusqu’où peut aller la caricature dans un engagement citoyen ?

Il existe une limite dans chaque pays qui est la législation. En dehors de cela, le dessinateur de presse est libre de dire ce qu’il souhaite. Personnellement, j’ajouterais une limite supplémentaire à la loi : la désinformation, à laquelle le dessinateur de presse ne doit pas participer, car il est aussi journaliste. La caricature est, certes, une déformation, une exagération, mais tant qu’elle ne colporte pas de faits notoirement faux, ce n’est pas de la désinformation. En revanche, si le dessin contribue à crédibiliser des fake news, je pense que le dessinateur de presse est en contradiction avec son métier.

3. Vous êtes président de Cartooning for Peace. Comment vous et l’association utilisez-vous le dessin pour sensibiliser les enfants aux grands enjeux de société ? Sont-ils réceptifs ?

Ils sont réceptifs parce que le dessin est ludique et qu’en plus, on a le droit de se moquer.

Notre objectif final est de les faire travailler sur la liberté d’expression et le débat libre. Il est de plus en plus difficile, et donc de plus en plus fondamental, de créer dans les classes les conditions d’un débat apaisé, particulièrement sur des sujets polémiques. Cela nécessite donc de travailler avec les enfants et les jeunes sur ce qu’est un point de vue et comment il se forge. Nous travaillons ainsi sur les sources d’information, sur l’éducation, puisqu’il faut déjà être libre de penser avant d’être libre de s’exprimer. Et pour être libre de penser, il faut être libre de s’informer et de s’éduquer. La liberté d’expression repose également sur le fait que les conditions du débat soient possibles. Et créer un débat, c’est la première étape du vivre-ensemble. C’est le début du compromis. La société devrait d’ailleurs s’interroger sur la nécessité de devoir encore éduquer au vivre-ensemble.

Pour en savoir plus :

Cartooning for Peace sensibilise par le sourire aux grands problèmes de société en utilisant la forte valeur pédagogique du dessin de presse. La mission éducative est ainsi au centre des activités de l’association depuis sa création.

Elle s’incarne à la fois par la production de kits pédagogiques et par les rencontres des dessinateurs avec les publics jeunes sous forme d’ateliers en classe ou de grandes conférences, en France mais aussi à l’étranger.

https://www.cartooningforpeace.org